Sergio Corona

Dates

28-03 > > > 23-04-2022
28/03/2022
23/04/2022
Sergio Corona

Une autre sicile

Photographies
Vernissage le jeudi 31 mars à 19h

Dans l’imaginaire commun, la Sicile est d’abord et surtout une île. Son rapport à la mer, Ionienne, Tyrrhénienne, la mer de Sicile, a marqué de son empreinte toutes ses représentations, depuis « les Malavoglia » jusqu’au « Commissaire Montalbano ». Les médias à vocation populaire notamment nous montrent une Sicile belle et cruelle, nous ballottant entre mythe et volonté maléfique de puissance, entre classicisme et épopée trash dans le style de « la pieuvre ou de « Corleone ». Même quand l’intelligence créative d’un artiste se mesure avec ironie aux stéréotypes – que l’on pense par exemple au travail révolutionnaire de PIF (Pier Francesco Diliberto) – la narration ne sort pas des sentiers battus. A l’étranger, les Temples et la Mafia ont le vent en poupe et sont à tous égards responsables de l’image de marque de cette terre. Mais, dissimulée sous la lumière aveuglante des médias, il existe une autre réalité, une autre Sicile qui repose sur la sueur quotidienne de ceux qui ne renoncent pas aux activités traditionnelles, celles qui confèrent une identité et concilient la spécificité locale et le marché global.
Sergio Corona nous en propose deux, à savoir la récolte du sel à Trapani et la récolte des pistaches dans la région de Catane.
D’un point de vue strictement photographique, ce sont là deux belles occasions que le photographe a su saisir avec maestria. Le sel des salines, parfois coloré de rose par le soleil rasant de l’aube et du crépuscule, mais aussi par l’halobactérie qui en exalte l’exotisme, entretient avec la lumière un jeu continuel de reflets, vrai défi pour la prise de vue. L’atmosphère suspendue que les images restituent est en contraste avec le dur labeur de la récolte. Choisis par l’auteur, les cadrages inscrivent le rapport entre l’homme et le sel, entre la peau noircie, durcie des travailleurs et la lumière transcendée dans la luminescence des collines très blanches, dans des perspectives qui accentuent le graphisme du panorama et l’exaltent.
Le vert intense des feuillages qui se découpent contre le ciel limpide, parmi les pistachiers de Bronte, comme le sel, enveloppe de sa douceur la fatigue de la récolte. Les travailleurs s’abîment dans l’étreinte de «l’or vert ». L’image des feuilles qui brillent au soleil font chanter les oiseaux.
Cette exposition de Sergio Corona révèle ce qui est de peu d’intérêt pour les médias : un labeur antique, vécu dans l’attitude méditative de ceux qui l’aiment et grâce auquel ils se définissent.

Anna Fici